Le scotch en vrac divise l'Inde : première fissure dans l'accord avec le Royaume-Uni
New Delhi estime que le scotch en vrac n'a pas droit à la baisse des droits de 150 % à 75 %. Diageo, Pernod et les distillateurs indiens contestent.
MAN TARGET Editors2 novembre 2026 4 min de lecture
Le premier vrai conflit autour de l'accord commercial entre le Royaume-Uni et l'Inde ne porte ni sur les voitures ni sur le textile. Il porte sur le whisky qui voyage en vrac. Le ministère indien du Commerce devait tenir lundi 2 novembre une réunion à huis clos avec des dirigeants de groupes de spiritueux étrangers et indiens, a rapporté Reuters le 31 octobre, citant quatre sources au fait de la rencontre et une lettre du secteur.
Le déclencheur : New Delhi a indiqué aux grandes entreprises que le scotch en vrac ne bénéficie pas de la baisse des droits de 150 % à 75 % prévue par l'accord. Le pacte est entré en vigueur en juillet, et les droits sur le scotch éligible doivent descendre à 40 % en dix ans, selon Reuters. Les autorités indiennes disent seulement appliquer la loi ; toutes les entreprises affirment la respecter.
Ce qui est en jeu
- Le volume : environ 80 % des importations de scotch en provenance du Royaume-Uni arrivent en vrac et servent à produire des marques indiennes populaires, selon Reuters.
- L'enquête : le fisc indien vérifie si certaines importations en vrac ont été mal classées pour payer moins de droits, et les enquêteurs ont dit en privé à Pernod Ricard et Diageo que le taux réduit ne s'applique pas aux concentrés de scotch en vrac.
- L'enjeu : l'industrie indienne des boissons alcoolisées pèse 65 milliards de dollars et comptait sur la baisse pour croître.
- Qui conteste : l'International Spirits & Wines Association of India, qui représente Pernod et Diageo, et désormais la Confederation of Indian Alcoholic Beverage Companies (CIABC), dont font partie Radico Khaitan (8PM) et Allied Blenders and Distillers (Officer's Choice).
L'entrée en scène des géants locaux change le ton. Dans une lettre confidentielle du 27 octobre consultée par Reuters, la CIABC avertit que l'exclusion « pourrait créer une incitation involontaire à importer des produits finis », ce qui « irait à l'encontre de l'objectif de renforcer la production nationale dans le cadre de Make in India ». Allied Blenders s'est présenté aux investisseurs comme « l'un des plus grands importateurs de scotch en vrac ».
Pourquoi cela dépasse l'Inde
C'est le premier différend significatif depuis l'entrée en vigueur de l'accord. Le Premier ministre écossais, John Swinney, a soulevé la question du scotch en vrac lors de sa visite en Inde du 20 au 27 octobre, a rapporté Reuters le 30 octobre ; un porte-parole du gouvernement écossais a indiqué que « les discussions ont aussi porté sur la mise en œuvre de l'accord, y compris le traitement du scotch en vrac ». Le gouvernement britannique dit travailler avec l'Inde sur le sujet. La politique commerciale relève de Londres.
Un accord commercial ne vaut que par son code douanier : un taux affiché de 75 % ne pèse pas grand-chose si l'essentiel du whisky n'y a pas droit.
À surveiller : l'Inde ne s'est pas exprimée publiquement, et l'issue de la réunion de lundi n'était pas connue au moment de la rédaction. Pour le collectionneur, il s'agit de l'eau-de-vie en vrac, matière première des marques embouteillées en Inde, et non des single malts en rayon. Mais si le vrac reste à 150 %, la question de la CIABC devient concrète : les marques pourraient se demander s'il vaut mieux assembler en Inde ou expédier des bouteilles finies. Nous y reviendrons dès qu'il y aura une position officielle. Ceci est une information, pas un conseil en investissement.
À retenir
- L'Inde a fait savoir aux grands spiritueux que le scotch en vrac n'a pas droit à la baisse des droits de 150 % à 75 % de l'accord avec le Royaume-Uni.
- Environ 80 % du volume de scotch importé du Royaume-Uni arrive en vrac pour fabriquer des marques embouteillées en Inde.
- Les industriels indiens (CIABC) ont rejoint Diageo et Pernod ; une réunion au ministère du Commerce était prévue le 2 novembre.
- C'est le premier grand différend depuis l'entrée en vigueur de l'accord en juillet.
FAQ
Quels sont les droits de douane sur le whisky écossais en Inde aujourd'hui ?
Avec l'accord Royaume-Uni–Inde en vigueur depuis juillet 2026, les droits sur le scotch éligible sont passés de 150 % à 75 % et doivent atteindre 40 % en dix ans, selon Reuters. L'Inde estime que le vrac n'est pas éligible.
Qu'est-ce que le scotch en vrac ?
Du scotch expédié en grands volumes plutôt qu'en bouteilles, que des entreprises à l'étranger utilisent pour leurs propres marques. Environ 80 % du volume envoyé du Royaume-Uni vers l'Inde arrive ainsi.
Le single malt en bouteille va-t-il baisser en Inde ?
Le différend rapporté concerne uniquement le vrac. Le prix final dépend aussi d'autres taxes et de la politique de chaque marque ; renseignez-vous auprès des détaillants locaux.
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